SILENT HILL - 6 extraits ! ! !

SILENT HILL -  6 extraits ! ! !
6 EXTRAITS EXCLUSIF ! ! !

Alors que certains chanceux de la rédaction découvraient le film hier, des extraits du nouveau film de Christophe Gans, Silent Hill, apparaissent sur le net. Le film sortant dès aujourd'hui aux États-Unis, Columbia met le paquet pour attirer le public. Une première sélection de six extraits est proposée sur yahoo alors que la chaîne MTV propose sept minutes du film. Concernant ce long extrait, il s'agit des trois premières minutes qui suivent directement le générique puis d'un montage de deux séquences qui se trouvent dans la première moitié du film. À vous de décider maintenant si vous préférerez patienter jusqu'à la sortie française prévue mercredi prochain ou de vous jeter sur ces extraits emportées par la curiosité dévorante...


Réalisateur : Christophe Gans.

Scénaristes : Roger Avary, Christophe Gans, Nicolas Boukhrief.

Acteurs : Radha Mitchell, Laurie Holden, Sean Bean, Deborah Kara Unger, Tanya Allen, Christopher Britton, Kim Coates, Jodelle Ferland, Alice Krige.


Date de sortie US : 21 avril 2006
Date de sortie France : 26 avril 2006


L'histoire : Afin de sauver sa fille Sharon atteinte d'une maladie incurable, Rose l'emmène en voiture voir une personne susceptible de lui venir en aide. Mais en chemin, Rose termine mystérieusement sa course dans la ville de Silent Hill, perdant par la même occasion toute trace de sa fille. Rose part alors immédiatement à la recherche de Sharon en compagnie d'un policier, Cybil, qui semble en savoir beaucoup sur cette mystérieuse ville peuplée d'ombres et de créatures inquiétantes...


Preview de 7min (Nouveau) - http://media.putfile.com/MTV-Sneak-Peak---Silent-Hill
Windows Media Player

Six extraits VO (Nouveau) - http://movies.yahoo.com/shop?d=hv&id=1808718754&cf=trailer
Windows Media Player

Extraits VF (Nouveau) - http://www.silenthill-lefilm.com/
Flash (Rubrique "Photos et vidéos exclusives")

Trailer Quicktime
Haute définition - http://www.apple.com/trailers/sony_pictures/silenthill/hd/
Très haute résolution
Haute résolution
Moyenne résolution

# Posté le samedi 22 avril 2006 07:56

Marie Antoinette Coppola s'affiche

Marie Antoinette Coppola s'affiche
Un mois avant sa présentation à Cannes et sa sortie en France, Marie Antoinette s'offre deux affiches qui misent sur le côté sexy et mystérieux de son interprète principale, Kirsten Dunst. Pas facile de vendre de nos jours un film d'époque avec costumes du dix-huitième siècle...

# Posté le samedi 22 avril 2006 07:47

FESTIVAL de CANNES 2006 ! ! !

FESTIVAL de CANNES 2006 ! ! !
CANNES 2006 ! ! !


La sélection officielle du 59ième festival de Cannes qui se tiendra du 17 au 28 mai prochain sous la présidence de Wong Kar-Wai vient d'être annoncée.


LE JURY DU 59e FESTIVAL DE CANNES

Wong Kar-Wai - Président du Jury (Réalisateur - Chine)
Monica Bellucci - Membre du Jury (Actrice - Italie)
Helena Bonham Carter - Membre du Jury (Actrice - Royaume-Uni)
Samuel L. Jackson - Membre du Jury (Acteur - États-Unis)
Patrice Leconte - Membre du Jury (Réalisateur - France)
Lucrecia Martel - Membre du Jury (Réalisatrice - Argentine)
Tim Roth - Membre du Jury (Acteur - Royaume-Uni)
Elia Suleiman - Membre du Jury (Réalisateur - Israël)
Zhang Ziyi - Membre du Jury (Actrice - Chine)
Vincent Cassel - Maître de cérémonie (Acteur - France)


SÉLÉCTION OFFICIELLE – COMPÉTITION

Babel de Alejandro González Iñárritu
En avant jeunesse de Pedro Costa
Fast food nation de Richard Linklater
L'Amico di familiga de Paolo Sorrentino
Le Caïman de Nanni Moretti
Flandres de Bruno Dumont
Le Labyrinthe de Pan de Guillermo del Toro
Indigènes de Rachid Bouchareb
Les Lumières du faubourg de Aki Kaurismäki
Marie-Antoinette de Sofia Coppola
Quand j'étais chanteur de Xavier Giannoli
La Raison du plus faible de Lucas Belvaux
Les climats de Nuri Bilge Ceylan
Palais d'été de Lou Ye
Red Road de Andrea Arnold
Southland tales de Richard Kelly
Selon Charlie de Nicole Garcia
Le Vent se lève de Ken Loach
Volver de Pedro Almodóvar


SÉLÉCTION OFFICIELLE – HORS COMPÉTITION

Da Vinci Code de Ron Howard (Film d'ouverture)
An Inconvenient Truth de Davis Guggenheim
Avida de Benoît Delépine et Gustave Kervern
Bamako de Abderrahmane Sissako
Boffo ! Les revers et réussites d'Hollywood de Bill Couturie
Ces filles là de Tahani Rached
Dziki Jezdziec de Adam Guzinski
Election 2 de Johnny To
Ici Najac, à vous la terre
Shortbus de John Cameron Mitchell
Sketches of Frank Gehry de Sydney Pollack
Soie de Chao-Bin Su
Vol 93 de Paul Greengrass
Volevo solo vivere de Mimmo Calopresti
Zidane, un portrait du XXIème siècle de Philippe Parreno et Douglas Gordon
Nos voisins, les hommes de Tim Johnson et Karey Kirkpatrick
X-Men, l'affrontement final de Brett Ratner
Transylvania de Tony Gatlif (Film de clôture)


UN CERTAIN REGARD

Paris, je t'aime de 20 réalisateurs internationaux
Bled number one de Rabah Ameur-Zaimeche
Il Regista di matrimoni de Marco Bellocchio
Cronica de una fuga de Israel Adrian Caetano
Ten canoes de Rolf De Heer
La Tourneuse de page de Denis Dercourt
A scanner darkly de Richard Linklater
Hamaca Paraguaya de Paz Encina
Uro de Stefan Faldbakken
La Californie de Jacques Fieschi
Suburban Mayhem de Paul Goldman
Meurtrières de Patrick Grandperret
Zodzysku de Slawomir Fabicki
Salvador Puig Antich de Manuel Huerga
977 de Nikolay Khomeriki
Comment j'ai fêté la fin du monde de Catalin Mitulescu
Serambi de Garin Nugroho
Taxidermie de György Palfi
Gwai Wik de Oxide Pang Chun et Danny Pang
Pour aller au ciel il faut mourir de Djamshed Usmonov
Le Violon de Francisco Vargas
You am I de Kristijonas Vildziunas
Luxury car de Wang Chao
The Unforgiven de Yoon Jong-Bin


www.festival-cannes.fr

--------------------------------------------------------------------------------------
--------------------------------------------------------------------------------------

Mes favoris :


- Babel de Alejandro González Iñárritu

- Le Labyrinthe de Pan de Guillermo del Toro - http://www.deltorofilms.com/index.php

- Southland tales de Richard Kelly - http://www.southlandtales.com

- Marie-Antoinette de Sofia Coppola -
http://www.sonypictures.com/movies/marieantoinette/index.html
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le jeudi 20 avril 2006 19:57

SILENT HILL - Critiques ! ! !

SILENT HILL - Critiques ! ! !
SILENT HILL ! ! !



Avec le nombre d'adaptations ratées de jeux vidéo au cinéma ces dernières années, l'annonce d'un Silent Hill porté par Christophe Gans à l'écran sonnait comme l'espoir ultime de voir le genre trouver ses lettres de noblesses. Car si le jeu vidéo rend souvent brillamment hommage au cinéma, l'inverse ne s'est encore jamais produit. Avec Silent Hill, nous tenons l'une des licences les plus prometteuse sur grand écran. Avec Christophe Gans, nous tenons le type même de réalisateur suffisamment habité par les jeux vidéo et le cinéma pour que le résultat soit de haute tenue. Néanmoins avant d'entamer la décortication de notre verdict, il faut remettre les choses à leur place : un jeu reste un jeu, et un film reste un film. A savoir que le processus d'adaptation n'est pas sans danger, et surtout que si la conversion d'un livre en images a presque un siècle d'expérience derrière elle, celle des jeux vidéo n'a pas encore trouvé un semblant de charte. En ça, l'adaptation de Silent Hill par un cinévore se fixant comme objectif premier de satisfaire à la fois les "gamers" et les cinéphiles prend des allures de projet à l'ambition démesurée, voire un défi complètement fou. Les pièges étaient nombreux. Ont-ils été évités ? Pas tous, mais le résultat provoque un énorme enthousiasme viscéral, une sorte de plaisir rare devant un écran.



SILENT HILL
Un film de Christophe Gans
Avec Radha Mitchell, Jodelle Ferland, Laurie Holden, Deborah Kara Hunger, Sean Bean, Kim Coates.
Durée : 2h07
Sortie France : 26 Avril 2006



Sharon est une petite fille adoptée, sage et adorable. Son attitude change néanmoins complètement lors de ses crises de somnambulisme la nuit : elle dessine des choses bizarres, et parle de "rentrer chez elle à Silent Hill". Ses parents, inquiets, décident de réagir. Contre l'avis de son mari, Rose part avec Sharon à la recherche de la mystérieuse ville. Sur place, le cauchemar va commencer : Silent Hill est une ville fantôme, coupée du reste du monde, et au passé cauchemardesque ayant une furieuse tendance à ressurgir.


Depuis Le Pacte des loups, Christophe Gans a changé et est à la fois resté le même. On retrouve ainsi chez le réalisateur toute sa propension à soigner à l'extrême l'esthétique de ses images. Que ce soit l'apparition d'un monstre, une scène d'action dans un couloir, des plans anodins sur une voiture roulant vite, un simple mouvement de caméra à l'intérieur du véhicule, Rose parcourant son jardin en petite tenue ou se tenant allongée contre un arbre avec sa fille, chaque plan est d'une beauté à couper le souffle. Gans sait quand et comment faire bouger sa caméra, et lorsque le cadre se fixe pour des dialogues ce sera toujours sous un angle, avec des décors en fond ou une lumière bien précise pour que l'ensemble reste riche et cohérent. L'univers esthétique de Silent Hill est maîtrisé dans les moindres détails et l'immersion qu'il propose rappelle à ce niveau l'efficacité de ses précédents films. En même temps, la fracture avec Le Pacte des Loups est immense, notamment par un style beaucoup plus sobre et posé. Pas de ralentis, pas d'accélérations, tout passe dans les cadres, le découpage et le montage (Sébastien Prangère et David Wu sont encore de la partie), ce qui en soit s'imposait de par le sujet.


Cette exigence artistique de cinéaste démarque immédiatement Silent Hill des Resident Evil et autres apocalypses sur pellicule, en sentant sur toute sa durée le bon cinéma. Le pari d'un jeu vidéo transformé en film est donc relevé avec un brio esthétique et grammatical à faire rougir de honte le moindre blockbuster tiré d'un scénario original. En ça, et malgré les défauts que nous allons relever, Silent Hill marque un tournant : celui du film d'horreur moderne à l'univers riche et passionnant sur tous les niveaux. Exit les Mila Jovovich ne trouvant de consistance qu'en brandissant ses flingues et ses highkick, et même Romero prend un coup de ringardise avec son Land Of The Dead . C'est dire.


Le revers de la médaille était alors de tomber dans les pièges des jeux vidéo qui même dans les cas les plus fouillés comme la saga Silent Hill se permettent des simplifications scénaristiques. Si le tissu narratif global du film est fluide et parfaitement adapté au grand écran, on note tout de même quelques petits signes de faiblesse, notamment dans l'introduction. Vite expédiée, elle ne semble en effet presque servir que de prétexte à rentrer dans le vif du sujet. Un choix radical pardonnable lorsqu'on a une manette entre les mains mais qui devient légèrement frustrant à l'écran. Heureusement, Silent Hill appartient à cette catégorie de films où le meilleur est à venir et non l'inverse, et parvient à se faire rapidement pardonner ce raccourci. Cet exemple met en valeur un piège de l'adaptation voulue parfaite : en bâclant ses dix premières minutes, l'histoire rappelle l'espace d'un instant qu'elle est tirée d'un jeu, qui, à l'instar du genre entier, cherche à exposer les faits en même temps que le sujet au détriment d'une introduction que tout le monde aurait zappé en pressant le bouton "Start".


Le film démarre véritablement au moment où Rose (Radha Mitchell) prend la route avec sa fille. Le jeu nous plongeait progressivement dans un cauchemar éveillé, le film y parvient également. Certes les frissons ne sont plus tout à fait là où ils étaient sur console, les conditions n'étant plus les mêmes : nous ne sommes plus seuls dans une pièce face à notre écran et aux commandes de notre alter-ego virtuel en danger de mort, mais dans une salle de cinéma présentant un film à l'expérience ne durant "que" deux heures. Pour contourner cet handicap, Silent Hill possède deux atouts majeurs : le premier est l'atmosphère oppressante et malsaine du jeu totalement palpable ici, le second est la présence d'un réalisateur connaissant parfaitement les codes du film d'horreur et arrivant à instaurer quelques moments de haute tension chez le spectateur. Il serait difficile de dire que Silent Hill fait peur tellement ce serait réducteur : ses qualités vont bien au delà des simples sursauts d'un slasher banal. La plongée dans le cauchemar est progressive, et jamais sur toute l'histoire on ne se sent à l'aise, que ce soit dans les scènes plongées dans les ténèbres où les monstres apparaissent, ou celles de lumière où le mystère et l'inquiétude planent constamment.


La plus grande réussite au delà de la reconstitution de la ville enfouie dans la brume et les cendres réside incontestablement dans le passage vers la dimension des ténèbres. La recette demeure relativement simple : une sirène se met en route au loin, la lumière baisse jusqu'à disparaître et laisser la place à un écran noir. Rose s'éclaire alors avec ce qu'elle peut (un briquet, une torche) et découvre le décor se transformant de ruines en un cauchemar rouillé où les créatures de Dante prennent vie et hurlent leur douleur en avançant vers leurs victimes. Le tout porté par une bande-son démentielle, démonstrative à souhait et pourtant d'une richesse et d'une finesse inouïe.


Si Gans impressionne par ses goûts artistiques, ils se prolongent jusqu'au niveau des effets spéciaux. Usant d'artifices mécaniques ou d'acteurs pour la plupart des créatures, les effets générés par ordinateur se montrent bluffant. Passé la première attaque de monstres dans une ruelle (où leur chaire en synthèse demeure trop voyante), les effets s'enchaînent tout en étant merveilleusement intégrés aux personnages et décors. L'ensemble est organique, dérangeant, bref mit en scène avec le même soucis d'esthétisme que le reste, lui apportant là encore une cohérence manquant aux autres adaptations de jeux vidéos vite moulinées.


L'autre inquiétude que l'on pouvait avoir se situait au niveau des acteurs. Connu pour rester un peu trop derrière son combo sur les plateaux de tournage, Gans n'a jamais été un excellent directeur d'acteurs. On aura donc une nouvelle fois quelques reproches à l'encontre des deux personnages principaux : Radha Mitchell remplit parfaitement sa figure esthétique de femme fragile en détresse, mais perd en partie de sa crédibilité lorsqu'elle est obligée de débiter ses dialogues. Laurie Holden de son côté cherche trop à coller à son personnage de femme forte (forcément, elle est flic) et ne nuance pas assez son jeu pour ne pas paraître de temps en temps caricaturale. L'énorme surprise provient alors des personnages secondaires, à commencer par Deborah Kara Unger en sorcière humaine et torturée, et la jeune Jodelle Ferland qui incarne trois personnages avec brio. Sans oublier Alice Krige et son timbre de voix terrorisant qui font de ce gourou hanté un personnage fascinant. Sean Bean de son côté remplit son rôle en faisant du Sean Bean, dans une intrigue secondaire qui paraîtrait futile si elle n'était pas aussi bien découpée dans l'histoire et n'amenait pas à une conclusion assez troublante (bien qu'étant le seul élément prévisible du film). Bref, Silent Hill trouve en ses deux acteurs principaux des éléments esthétiques redoutables, mais handicapant lors des scènes de dialogues. Une caractéristique finalement assez proche de la mentalité des plus grand classiques d'horreur, où les actrices - souvent fétichisées - ne servait que d'instrument artistique.


L'histoire en elle-même reprend les forces et faiblesses du jeu, à savoir un développement progressif impressionnant ayant pour point de départ un postulat en apparence trop simpliste. Son originalité n'est certes pas sa première qualité, mais la manière dont elle est dévoilée au fur et à mesure par des non dits avant d'éclater dans un flashback et un final sous forme de bain de sang gore hautement jouissif, lui confère toute la justesse que l'on pouvait espérer, avec les défauts encore inhérents au genre.


Silent Hill s'impose donc comme une révolution en matière d'adaptation de jeu vidéo à l'écran, mais bouscule également le genre complet du film d'horreur populaire tel que nous le voyons depuis une dizaine d'années au cinéma. Son ambition lui apporte une force considérable et quelques petites faiblesses qui, à la sortie de la salle, ne sont pas sans rappeler que l'on vient de voir un film de Christophe Gans. Ce dernier marque également une petite rupture tant attendue dans sa (pourtant courte) filmographie : la réappropriation d'un sujet. La démarche est osée, le pari en partie rempli, et le plaisir incommensurable de découvrir autant de cinéma sur 2h07 de pellicule suffit à générer l'enthousiasme.

# Posté le jeudi 20 avril 2006 19:14

"Silent Hill" : Christophe Gans répond à vos questions !

"Silent Hill" : Christophe Gans répond à vos questions !
Retrouvez les réponses du réalisateur de "Silent Hill" à vos questions.


Christophe Gans vous a répondu ! Du moins, à quelques-un d'entre vous mais de façon très argumentée, brassant ainsi la majorité de vos questions. "Silent Hill", les jeux vidéo, "Rahan" : le réalisateur vous dit tout à travers cet entretien proche d'une master-class...




Je voulais savoir si un épisode en particulier des jeux vous a inspiré pour le film, ou bien s'il s'agit plutôt d'un savant mélange de plusieurs évènements des différents épisodes? (Zewood)

Christophe Gans : Je vais être franc, le film s'inspire en fait de l'histoire de fond de "Silent Hill 1" et de "Silent Hill 3". Il emprunte son esthétique à "Silent Hill 2" et les mouvements de caméra au numéro 4, pour être extrêmement précis. C'est un film qui tient compte de l'acquis des différents jeux mais qui s'inscrit par rapport à eux sur un plan mythologique. C'est à dire que nous considérons, Nicolas Boukhrief, Roger Avary, Akira Yamaoka et moi-même, que "Silent Hill" était un terrain mythologique et que nous devions poser le film là-dedans avant d'en faire l'illustration exacte et scrupuleuse d'un des jeux en particulier. D'ailleurs je tiens à dire une chose très importante : "Silent Hill 1" était à l'origine un one-shot. Pour les créateurs du jeu, il n'était non seulement pas question qu'il y ait un jour une suite directe -qui a été "Silent Hill 3" pour les connaisseurs- mais en plus de ça, ils ne se sont pas vraiment posés la question de l'histoire en arrière fond. Ils ont créé un survival-horror «dans une ambiance particulière», qu'ils ont construite à partir d'éléments crypto-esothérique, d'annotations, etc. Ils ont fait un peu le travail qu'aimait faire Lovecraft, c'est à dire de suggérer par des coupures de journaux, des graffitis sur les murs, une histoire atroce qui justifierait l'univers dans lequel nous nous déplaçons. Mais cela n'a jamais été pensé, et Akira me l'a confirmé, d'une manière rationnelle. C'était d'abord créer une ambiance... C'est le succès du jeu aux Etats-Unis qui a entraîné la créations de sequels. D'ailleurs la première suite, "Silent Hill 2", n'avait rien à voir avec le premier. Il se servait de la ville comme d'un décor. C'est au moment de faire un numéro 3, qu'ils ont dû envisager exactement qu'elle était la mythologie de "Silent Hill". Et ils ont dû donner un sens à ce qu'ils avaient fait dans le premier épisode. C'est pour ça qu'on trouve dans le strategy guide du numéro 3 un résumé explicatif du numéro 1, et qui est assez drôle à lire dans la mesure où parfois ça part totalement en vrille pour essayer de donner un sens à tous les éléments à la fois. Donc j'oserai dire que c'est au numéro 3 que la Silent Hill team s'est posée la question de la mythologie de "Silent Hill". Mais nous, avec le film, on est arrivé après tout ça. Donc on arrive sur un terrain qui est déjà balisé. Mais il faut savoir que "Silent Hill", à la base, n'est pas une création d'ordre mythologique, c'est d'abord une question d'ambiance et un jeu pictural. C'est un jeu, pour moi, qui est conçu comme une ½uvre d'art moderne. Ce qui est important ce n'est pas le sens, c'est le sentiment qu'elle provoque en vous. Aujourd'hui, la mythologie de "Silent Hill" est, à mon sens, totalement cohérente. Et d'ailleurs ce qui intéressait Akira Yamaoka dans l'hypothèse d'une adaptation cinématographique c'est d'y voir plus clair aussi sur cette mythologie. Il savait qu'on serait trois scénaristes à se pencher là-dessus et à essayer de travailler dans ce sens là. Nous, on s'est amusé à ouvrir littéralement des portes qui étaient juste, pour l'instant, seulement entre-ouvertes dans le jeu. Vous verrez que dans le film, il y a des scènes qui ne sont pas celles qu'on voit dans le numéro 1 mais qui se passent en même temps quelque part ailleurs dans la ville... Pour nous, et ça intéressera les fans, il n'y a pas une seule secte dans "Silent Hill". Pourquoi ? Parce que ce qu'on voulait faire avec le film, et on a peut-être pêché par ambition, c'est d'ouvrir la mythologie de "Silent Hill", d'ouvrir le maximum de pistes. Akira Yamaoka nous a d'ailleurs déjà appelés pour avoir la permission d'emprunter certains des éléments qui ont été développés exclusivement dans le film, notamment un monstre en particulier qu'on a créé pour le film.



Pourquoi avoir changé le scénario en remplacant Harry par sa femme (défunte dans le jeu) ? (the canterville ghost)

Christophe Gans : Effectivement, le film prend pour point de départ le scénario de "Silent Hill 1", c'est à dire de quel contexte a été créé Silent Hill, cette espèce de dimension parallèle, de Triangle des Bermudes urbain.... Par là-même, on raconte l'histoire d'Alessa, petite fille qui aurait été torturée par une secte dans cette ville. Le point de départ, c'est donc l'histoire de "Silent Hill 1" en arrière-fond, que nous avons décidé d'explorer dans le film. Pour nous, Harry Mason était un peu accessoire. Quand nous avons commencé à travailler sur le scénario avec Roger Avary et Nicolas Boukhrief, c'était bien Harry Mason qui était là et qui allait chercher sa petite fille dans la ville. Nous avons été très scrupuleux, et nous avons commencé par retranscrire sur le papier tous les dialogues du personnage dans le jeu pour avoir une base de travail. Quand on a lu ça, avec tout ce qui faisait Harry Mason -les moments où il pleure, où il a des étourdissemnts, où il s'évanouit, où il panique, où il exprime son amour pour sa petite fille- on s'est aperçu que ça ne ressemblait pas du tout à un personnage masculin... Attention, je ne dis pas ici que j'essayais d'avoir un héros stéréotypé et que les hommes sont forcément forts et que les femmes expriment leur côté forcément vulnérable. Mais dans le cas présent, c'était sidérant de voir à quel point Harry Mason n'était pas écrit comme un personnage d'homme mais plutôt comme un personnage de femme. Pour ne pas changer la véritable nature du jeu, ça nous paraissait donc beaucoup plus sensé de transformer Harry en femme... A partir de là, ça nous a décomplexés en quelque sorte, dans le sens où nous avons pu nous dire que ce n'était pas tout à fait la même histoire que "Silent Hill 1". Si l'histoire de fond reste la même, les personnages projetés dans l'univers de Silent Hill sont maintenant différents. Mon avis personnel, c'est que le fantastique au Japon s'adresse essentillement aux femmes, avec des films comme "The Ring", "Dark water" ou "The Grudge", tandis que les garçons vont plus voir des films sur le sport... Ce qui s'est passé selon moi, c'est que les créateurs de "Silent Hill" ont très naturellement exprimé dans le jeu la part féminine du fantastique nippon, et que pour mieux le vendre à l'étranger, ils en ont fait un mec.... Mais quand nous nous sommes penchés sur le film, nous nous sommes très vite aperçus que le personnage Harry Mason n'était pas écrit comme un personnage masculin. Mais alors vraiment pas... (Rires)






Est-ce que "Silent Hill" est vraiment un film d'horreur ? Est-ce qu'il fait vraiment peur ? (Delphine)


Christophe Gans : Qu'est ce que c'est exactement que la peur dans le jeu "Silent Hill" ? Je pense que le jeu est effrayant parce qu'il est constamment inquiétant. La peur dans "Silent Hill" n'est pas d'ordre mécanique. Ce ne sont pas des sursauts... Vous n'êtes pas en train de vous balader dans un coin et brusquement un monstre vous saute dessus et vous mord la tête. Pour moi, c'est sûr que ce n'est pas ça. Pour moi, la première qualité de "Silent Hill" est de déranger, de mettre mal à l'aise, par des tas et des tas de ressors différents, à la fois d'ordres psychologique, esthétique... Il y a vraiment une patte très particulière au jeu. Ce que j'ai essayé de faire dans le film, c'est de ne pas poser la peur comme mécanique. Il n'y a pas de sursauts faciles, pas un seul. Ca ne m'intéresse pas, je trouve ça crétin. Quand je vois un chat qui saute dans le cadre, ça m'énerve, ça me fait sortir du film. Le problème c'est que vous sursautez, et qu'ensuite vous avez une descente d'adrénaline et vous êtes hors du film. Je préfère plutôt imaginer que le film va déranger et inquiéter sur toute la longueur et que de temps à autre il va y avoir quelque chose qui vous glace. On a travaillé très précisément dans cette perspective. Et sur le plateau, je ne me posais jamais la question de la peur mais la question de la restitution précise, au détail près, de l'ambiance que j'avais vue dans le jeu. Et à partir du moment où cette ambiance m'avait terrifié et que nous faisions tout pour la restituer, je pense que le film va avoir la qualité d'atmosphère que celle du jeu.














Faut-il s'attendre à une adaptation déformé comme « Resident evil » ou bien à une vraie adaptation du jeu en film avec les mêmes décors, ambiances, personnages... ? (NICOLITO)


Christophe Gans : Vous allez retrouver dans « Silent Hill » les décors, les textures, les ambiances, les crétaures, certains personnages mais pas tous... Enconre une fois, le film est un film, le jeu est un jeu... Les différences viennent essentiellement de la narration et de la façon de raconter une histoire au cinéma. Et évidemment de la durée : quand on connaît « Silent Hill » à fond, on peut le finir en 7 heures., alors que mon film ne fait « que » 2h06, ce qui est déjà bien. Mais ce n'est clairement pas la retranscription 100 % orthodoxe du jeu. Maintenant, est-ce que c'est l'adaptation la plus fidèle jamais faite d'un jeu, je peux le dire sans aucun problème, oui bien sûr. Tout a été fait pour que le maximum de détails soeint respectés. Ce n'est pas difficile, puisque toutes les adaptations de jeux vidéo ont été d'horribles trahisons, et des ambiances, et des décors et des personnages. Même « Final Fantasy », que j'aime énormément, n'a rien à voir avec le jeu. Donc quelque part, ce n'était pas difficile d'arriver avec l'adaptation la plus scrupuleuse : je n'ai aucune gloire à ça. Pour l'instant, je gagne par KO technique.





Bonjour Mrs Gans. Vous avez sans doute conscience que la plupart des adaptations de jeux vidéos ont été jusqu'à présent une réelle déception. Avez vous pris cela en compte dans votre travail, en essayant de mieux comprendre l'origine de cette déception? (Thibaut)


Christophe Gans : Oui forcément parce que je suis un fan de jeux-vidéos, je suis un gamer et j'ai été horriblement déçu, comme tous les gamers, des précédentes adaptations de jeu-vidéo, pour une raison qui facile à comprendre : quand, par exemple, ils adaptent « Lara Croft » et « Resident Evil », ils adaptent ce qu'il y a déjà de cinématographique dans le jeu... Au lieu d'adapter ce qui fait vraiment l'originalité du jeu, ils adaptent ce qu'il a emprunté déjà au cinéma... C'est un serpent qui se mord la queue ! Du coup, le Lara Croft au cinéma c'est un sous Indiana Jones, ça n'a aucun intérêt... Mais où sont passés les moments de solitude dans les cavernes ? Ces moments lovecraftiens où elle se retrouve face à des espèces de constructions souterraines, titanesques ? Tout ça a disparu... Ce qui fait la force même du jeu n'est plus là. « Resident Evil » c'est un sous film de zombies où les zombies ne font même pas peur... Ce n'est pas ça l'intérêt de « Resident Evil » ! L'intérêt c'est la mythologie du jeu, toutes les conspirations avec Umbrella... Le problème des adaptations de jeux-vidéos, c'est qu'on a pris ces jeux comme des scénarios de séries B. On n'a pas essayé de restituer leur vraie originalité. Pour moi, ces adaptations sont stériles. Je n'allais, par exemple, adapter Silent Hill en essayant à tout prix de dégager ce qui aurait été une influence de « L'Echelle de Jacob ». Ca aurait été idiot... Je préfère créer quelque chose de cinéma qui soit original plutôt que d'essayer de me rattacher à quelque chose qui a déjà été porté à l'écran et qui par ailleurs est très bien. Je pense que les gens qui ont fait des adaptations de jeux-vidéos pour l'instant sont de parfaits imbéciles, je tiens à la dire... De total idiots...





En tant que vrai fan de jeux vidéos, lequel apporte, à votre avis, la meilleure des bases pour un film, exception évidemment de « Silent Hill » ? (Zal)


Christophe Gans : Si je devais choisir dans tous les jeux vidéo que je connaisse un jeu qui donnerait un film extraordinaire, à condition qu'il soit réalisé avec grande expertise même maestria, c'est « Metal Gear Solid » sur Playstation 1. C'est un chef d'½uvre, avec de magnifiques personnages. J'y joue régulièrement, je le connais par c½ur, je sais quoi faire pour éliminer les gardes... Mais ce qui m'intéresse, ce sont les personanges du jeu, des personanges comme Sniper-Wolf, le Ninja Invisible, qui sont absolument inoubliables pour un joueur. Faire un film à partir de ça serait incroyable. Kojima, le créateur du jeu, est quelqu'un qui a une idée très cinématographique de son propre travail. Je pense qu'il va se passer beaucoup de temps avant qu'il ne se décide à laisser sa franchise dans les mains d'un autre ciénaste, parce que pour moi, Kojima est un réalisateur né. Mais personnellement, c'est LE jeu que je voudrais voir adapter sur un écran, et cette aventure en particulier de Metal Gear.





Comment le travail de Jeff Danna et Akira Yamaoka pour le scoring de « Silent Hill » s'est il réparti ? Les morceaux de Yamaoka seront-ils des "commandes" ou alors a-t-il composé d'après images du film ?


Christophe Gans : Quand nous avons commencé à tourner le film, et en parallèle à le monter, nous avons puisé dans la librairie d'Akira Yamaoka qui comprend non seulement 200 morceaux tirés des différents jeu, mais également des bandes qui avaient été composées pour les jeux mais qui n'avaient pas été intégrées à l'½uvre finale. Nous avions donc un choix monstrueux de plusieurs centaines de morceaux, et nous avons décidé de les utiliser de manière classique de score cinématographique, en les arrangeant pour qu'elles puissent coller au découpage du film, à sa thématique. Nous les avons également réenregistrées en 5.1. les musiques ayant été faites à l'époque pour les jeux sur Playstation 1 et au début de la Playstation 2, des machines dont les performances ne permettaient pas à Akira Yamaoka de donner à ses musiques toute l'ampleur qu'il souhaitait... On a également eu la mauvaise surprise de découvrir que certaines bandes avaient totalement disparu. Il a donc fallu les réenregistrer très scupuleusement avec un compositeur canadien, Jeff Danna, qui a fait deux très belles compositions avec « The Gospel of Saint-John » et « Tideland ». Jeff s'est totalement mis au service d'Akira pour retranscrire sa musique sur grand écran...

Y aura-t-il des sublimes chansons de Akira Yamaoka chantées par Mary Elizabeth McGlynn et Joe Romersa (je pense notamment a "Room of angel" ou "Your Rain" voir meme de nouvelles ? (Samaël)Christophe Gans : Les chansons dans le film sont celles chantées par Mary Elizabeth McGlynn mais il n'y a pas celles chantées par Joe Romersa. Il y a 4 chansons chantées par Mary Elizabeth McGlynn qui ont été utilisées dans le film.

On aurait aimé voir des frenchies au casting ! (oim)

Christophe Gans : Je pense que cela aurait été possible d'inviter des frenchies dans le film, mais il s'est trouvé que les gens auxquels j'ai pensé un moment –et dont je tairais le nom- n'étaient pas disponibles. Le film s'est tourné de façon catégorique en avril 2005, et je ne pouvais pas le repousser pour une raison très précise : nous avions besoin d'arbres morts dans la ville, et je ne pouvais pas me permettre de laisser les bourgeons arriver sinon, nous aurions été obligés d'enlever numériquement les bourgeons des arbres... Ce que nous avons dû faire de toute façon, car nous avons été rattrapés par le printemps. Je ne pouvais donc pas attendre certains acteurs français que j'avais en tête...





Quelle est la signification du terme « Centralia », titre de travail du film ? (Julien)


Christophe Gans : On se servait de « Centralia » comme d'un pare-fumée pour éviter que les fans ne repèrent où nous tournions. Donc le film s'appelait « Centralia » durant le tournage, même sur les feuilles de service des techniciens. D'où vient ce titre, c'est là que le jeu de piste devient intéressant... Cetralia est le nom d'une vraie ville-fantôme des Etats-Unis qui nous a servi de base pour représenter le Silent hill de la réalité qui n'existe pas dans le jeu. Il nous semblait pertinent de nous servir d'une vraie ville fantôme américaine et de son histoire pour donner corps à Silent Hill. Centralia est une ville minière, comme Silent hill dans le jeu, qui a connu uen catastrophe industrielle : le film a pris dans les mines de charbon sous la ville et cet incendie est depuis plusieurs années impossible à arrêter. La ville a été contaminée par les émanations de carbone, tout le monde a été évacué et la ville est aujourd'hui zone interdite. L'histoire de Centralia a donc été versée au compte du film, et ça nous amusait d'appeler le film ainsi.

Je me demandais si vous envisagiez de faire une trilogie de "Silent Hill", et si le film allait être à son tour adapté en jeu par la Silent Hill Team... (Samy)

Christophe Gans : Faire plusieurs films était le point de départ du projet. Ce n'est en aucun cas opportuniste : lorsqu'on a entre les mains une franchise de la taille de "Silent Hill", il serait dommage d'imaginer que ce soit seulement un one shot, que ça fasse seulement un film et puis basta ! D'autant plus qu'il y a de bonnes raisons pour que cela devienne une trilogie. Il y a suffisamment d'histoires développées, plus ou moins en arrière-fond, dans les jeux vidéos "Silent Hill", pour que ça donne lieu à dix films, même à une série télé ! On pourait appeler ça "Les Contes de Silent Hill", avec un épisode sur ce qui s'est passé au moment de la mort de Jennifer Carol, donc trois siècles en arrière, un autre sur Gillespie, sur le Dr. Kaufman, sur Lisa Garland... Ce serait idiot de se dire : "On fait un film et puis, basta, terminé !" A la base, la première question a été de se dire : "Qu'est-ce que pourrait être un numéro 2 ?" Lorsqu'on écrit un personnage, on réflechit à son passé et par là-même à son avenir. Il y a une donnée très intéressante dans "Silent Hill" : on ne meurt pas. C'est une zone coincée entre la vie et la mort. On ne meurt pas, mais on est soumis à des métamorphoses. Si, un jour, je fais un "Silent Hill 2" , et qu'il est la suite de ce "Silent Hill", je traiterai de ces métamorphoses. Akira Yamaoka et la Silent Hill Team sont très interessés par le film : c'est une bouffée d'oxygène pour eux. Le film ne vient pas empiéter sur les jeux, il y a un respect de ma part de ne pas reformater les jeux à l'écran. Demain, je pense qu'ils pourront puiser dans le film, l'avenir sera fait d'un échange entre le ou les film et les jeux. Akira Yamaoka nous a déjà demandé d'utiliser certains des éléments du film pour les jeux, un monstre par exemple. Il y aura des échanges. Vous savez, moi, je ne suis que l'humble cousin germain de la famille Silent Hill, le dernier arrivé. Je travaille sous leur supervisation, je suis dans le département ciné de Silent Hill. Ca va évoluer, il ya une BD, il y aura un dessin animé. Silent Hill est un univers très vaste qui sera bientôt illustré de différentes manières dans différents médiums. C'est loin d'être condamné au seul jeu vidéo. Tous les univers forts devront devenir multimédias, c'est la règle aujourd'hui. Le monde est multimédia. Lorsque quelque chose d'intéressant est créé, il connaît plusieurs incarnations. "Silent Hill le film" est la première incarnation de la part cinématographique de Silent Hill. Il y en aura d'autres.




Comment avez-vous fait pour pouvoir "échapper" en quelque sorte aux productions françaises et réussi à débuter votre carrière aux Etats-Unis, qui plus est avec une production aux ambitions mondiales telle que "Silent Hill" ? (Léo)

Christophe Gans : Ce qu'il faut savoir, c'est que "Silent Hill" est un film franco-canadien. C'est un film qui a été initié en France par un producteur qui est Samuel Hadida, par un réalisateur, moi-même, et dont l'équipe de base en partie constituée de français. Mon monteur et mon sound-designer sont français. Maintenant c'est un film qui ne peut pas exister sans l'apport d'une major américaine, en l'occurrence Sony pictures-Tristar, à hauteur d'un tiers du budget. Donc ce n'est pas vraiment un film américain. D'ailleurs il n'y a aucun américain au casting du film. Ce sont tous des acteurs canadiens, australiens ou anglo-saxons... C'est un peu du Canada-dry, ça en a la couleur mais ce n'est pas ça. Maintenant quand je vais tourner au Canada, je sais que fais un film avec un certain standard technique et visuel qui permet précisément à Sony pictures-Tristar de le sortir comme un film américain. La plupart des gens qui vont aller voir le film, que ce soit aux Etats-Unis ou en France, vont croire que c'est un film américain. C'est un film bel et bien français, en partie, dans sa production. Simplement, pour moi, la grande différence est le langage. "Le Pacte des loups" était un film français parce que c'était tourné en français. "Silent Hill" n'est pas vraiment un film français parce qu'il est tourné en anglais. C'est là que réside la vraie différence à mon sens.


Christophe Gans : J'ai été très très chanceux sur ce film. J'avais entendu beaucoup d'histoires sur la façon dont les exécutifs traitaient les films, l'expression des auteurs et la violence à Hollywood. « Silent Hill » est produit à un tiers par Sony Pictures Tristar, et ils ont donc un droit de vie et de mort sur le film. Je n'avais pas le final-cut, et j'étais censé leur livre un film de 110 minutes à l'origine. Quand j'ai présenté le film pour la première fois aux dirigeants de Sony, ils m'ont dit qu'ils n'allaient pas changé une seule image et que par la même la durée de mon montage, à savoir 2h06, serait acceptée. C'est exactement ma directo's cut : rien n'a été changé. Les seules notes que j'ai reçues de Sony concernaient l'accent australien de Radha Mitchell et l'accent écossais de Sean Bean qu'il a fallu revoir en post-synchronisation sur quatre scènes. Nous sommes ensuite passé devant la MPAA, le comité de censure américaine. Je m'attendais à des coupes... Le film contient des séquences pour le moins brutales, notamment des séquences de violences d'ordre sexuel. Rien n'a été demandé, la MPAA a accepté la classification « R-rated » aux Etats-Unis. Pourquoi ? Simplement parce qu'ils ont pris en compte un certain nombre de choses : ce n'est pas un film avec des guns (il y a 5 balles dans le film et elles sont usées très vite, comme dans le jeu), c'est un film sur une femme qui descend en enfer pour sauver sa petite fille (un point jugé décisif aux USA mais aussi en Angleterre et en France), et enfin ils ont jugé que la violence avait une résonnance émotionnelle et non pas d'exploitation. C'est pour ça que la MPAA a laissé passer le film. Avant-hier, nous avons eu la surprise d'apprendre que nous étions interdits aux moins de 14 ans en Angleterre, qui est pays réputé pour avoir une censure très puissante : là aussi, je suis tombé des nues... Ils ont mis en avant exactement les mêmes arguments qu'aux Etats-Unis. Hier soir, la plus grosse surprise est arrivée : je suis interdit aux moins de 12 en France. Je laisse le soin aux gens de voir le film et ce que j'ai pu mettre dedans, mais soit je suis une poule mouillée et je ne connais rien au gore, soit j'ai énormément de chance. La censure française a constamment mis en avant que le film n'est pas un film d'exploitation et que le côté pictural des images fait que le film a une certaine tenue. Je dois recevoir dans la journée le rapport complet expliquant les raisons de cette décision. En attendant, c'est pour moi une énorme surprise, pusique j'avais annoncé dans la presse que le film serait sans doute interdit aux moins de 16 ans, car je connais les points sur lesquels la censure française rippe. Et il y en a au moins deux que je me fais dans les grandes largeurs, et apparemment c'est passé comme une lettre à la Poste. Tant mieux pour le film et pour mon distributeur/producteur, qui hier soir n'en pouvait plus de bonheur. C'est aussi une chance pour moi, car ça change la perspective du film en Europe, car nous allons du coup rajouter 100 copies en Angleterre et 200 en France. Je suis impatient de voir les avis des autres comités de censure, notamment en Allemagne qui est réputée pour être parfaitement sévère...





Sachant que Silent Hill s'est fortement inspiré de « L'échelle de Jacob », j'aimerais savoir comment vous situez votre oeuvre par rapport à celle d'Adrian Lyne, ne craignez-vous pas une comparaison ? « Silent Hill » étant un jeu qui propose plusieurs fins qui sont la conséquence de certains choix du joueur, a-t-il été difficile de choisir celle qui fut finalement retenue pour le film ? Enfin, « Silent hill 2 » est considéré par beaucoup de joueurs comme le meilleur de la série, notamment a cause de son tour de force narratif : seriez vous prêt à retentez l'expérience pour un 2e opus en cas de succès ? (Marc)


Christophe Gans : Est-ce que « Silent Hill » s'inspire fortement de « L'Echelle de Jacob » ? je ne pense pas. Je pense que « Silent Hill » s'inspire de deux scènes du film, une scène dans un métro et une scène dans un hôpital, qui sont assez saisissantes quand on les regarde et qui annoncent effectivement l'atmosphère de « Silent Hill ». Pour avoir discuté longuement avec Akira Yamaoka, « L'Echelle de Jacob » n'est pas la seule source d'inspiration de « Silent Hill ». La vraie source d'inspiration de cet univers est beaucoup plus picturale que cinématographique, notamment dans l'art moderne et les artistes surréalistes. Est-ce que je crains la comparaison avec « L'Echelle de Jacob » ? Pas du tout, car le sdeux films n'ont rien à voir. Personnellement, j'ai bien ce film, surtout sa version complète qui passe de temps en temps à la télé américaine. Je trouve le film très intéressante t très singulier. Je ne suis pas un grand fan de la fin au Vietnam, mais en même temps elle est intéressante car elle respecte l'idée qu'il y aurait dans cet univers parallèle différentes interprétations. Ce qui m'amène à votre deuxième question. Y-a t-il plusieurs fins dans « Silent Hill » ? Evidemment non, mais il y a plusieurs interprétations possibles quant à ce qu'il advient des personanges, et la fin est éminemment ambiguë, et je laisse à chacun le soin de se faire sa propre opinion. Pour moi, c'est une façon de répondre à la multiplicité des fins du jeu qui répondent à une multilplicité d'interprétation de cet univers. Quant à votre dernière question, j'aimerais effectivement retenter l'expérience de « Silent Hill » : maintenant est-ce que j'adapterais précisément « Silent Hill 2 » ? Je ne crois pas, même si j'aimerais personnellement. Par contre, je souhaiterais raconter la suite de l'histoire que nous avons commencé à raconter avec ce premier film, et introduire des éléments narratifs et psychologiques présents dans le deuxième jeu parce que c'est mon préféré parmi les quatre jeux. D'ailleurs, c'était celui que nous voulions adapter au départ avec Roger et Nicolas...








J'aimerais savoir M. Gans pourquoi ne pas avoir conservé les noms de "Harry Mason", "Rose Mason" et "Cheryl Mason". Nous avons pourtant le policier Cybil alors je ne pense pas que ce soit un souci de licence quelconque... Pourquoi donc avoir changé avec des noms pareil ? Harry Mason devient Christopher Da Silva !! Je trouve ça dommage car, en voyant la première bande annonce, j'avais bien cru comprendre que les noms seraient aussi fidèles au jeu... Je suis en plein désarroi devant le résultat... pouvez-vous m'éclairer ? (Francis)


Christophe Gans : Je lui conseille de ne pas aller voir le film parce que s'il est en désarroi devant le changement des noms il va se suicider quand il ira voir le film... Le problème c'est que, de toutes façons, pour pouvoir retranscrire correctement Silent Hill, l'ambiance, le côté délétère, étrange et impressionniste du jeu, je ne pense pas que c'est en faisant un travail de fanboy que c'est le meilleur moyen d'y arriver. Concernant le changement, je trouvais que le personnage de Harry n'était pas véritablement un personnage masculin mais après j'ai trouvé que c'était une vraie idée de dire « Voilà c'est le Silent Hill que vous connaissez, mais pas tout à fait ». Je voudrai souligner que Silent Hill existe sur plusieurs plans dimensionnels. C'est une ville où s'entrecroise différentes dimensions et chacune d'elle est une histoire en soi. Rien ne nous empêche de penser, et il y a même des preuves dans le jeu de ça que les personnages existent sous plusieurs incarnations différentes. Je tiens d'ailleurs à rappeler que Marie et Maria dans le jeu sont la même personne mais qui a éclaté. Allessa, on le sait tous, existe sous plusieurs versions selon les univers où on la rencontre. Donc je ne vois pas en quoi Cybil Bennet ne pourrait avoir plusieurs incarnations d'elle-même et exister dans plusieurs dimensions, puisque c'est un univers pirandellien. Pour moi « Silent Hill » n'est pas un univers plat. Ce n'est pas une seule dimension avec une histoire. C'est une construction avec des perspectives inattendues où les gens sautent d'une dimension à l'autre et changent d'une dimension à l'autre. Parfois même ils oublient ce qu'a été leur vie, comme Maria dans « Silent Hill 2 » qui ne se souvient pas de son mari quand elle le croise à nouveau. Donc les champs de perspectives à ce niveau là sont infinis, et avec Roger Avary on s'est aperçu que ce n'était une trahison de dire que dans notre dimension à nous Cybil allait avoir un autre destin que celui que nous connaissions dans le jeu, que Cheryl s'appellerait Sharon, et ainsi de suite... Pour moi le respect de « Silent Hill » c'est le respect de cette ambition, de cette complexité, et ce n'est pas le respect stérile de simples noms.








Je voulais vous demander si vous étiez fier de votre nouveau film et surtout quels seraient vos futurs projets ? (romain)

Christophe Gans : Je serai fier de mon nouveau film si les gens qui l'attendent avec autant d'impatience sont contents du film. C'est toujours la même chose : on fait des films, et à un moment donné on est obligé de présenter son bébé au public. A ce moment-là, on attend le verdict, et on veut savoir si notre bébé n'a pas un ½il au milieu du front et une jambe plus courte que l'autre. Dans le cas présent, j'attends avec impatience les réactions du public pour savoir si j'ai des raisons d'être fier de ce film. Quant à mes futurs projets, si le film marche, je ferai, comme je l'ai déjà dit, un "Silent Hill 2". Et il y aura aussi une autre adaptation d'un jeu vidéo célèbre...


Est-ce qu'adapter un jeu vidéo a été une pression supplémentaire par rapport à vos précédents films (vis-à-vis des joueurs mais également vis-à-vis des autres) ? Quelles sont, selon vous, les attentes des joueurs pour ce film ? Y avez-vous été attentif ou vous êtes-vous focalisé sur la réalisation d'un film d'épouvante/horreur sans vous soucier de l'origine de l'histoire ? (Sebastien)

Christophe Gans : Adapter un jeu ce n'est pas comme adapter un livre. Pour moi adapter un jeu c'est parler d'un voyage qu'on a fait quelque part, dans un espace virtuel, un pays- virtuel dans lequel on est resté. On connaît par c½ur tout ce qui s'y est passé. Je suis allé à Silent Hill, plusieurs fois. Je sais ce qu'il se passe quand on pousse telle porte, je peux vous décrire chaque pièce, ce qu'il y a sur les étagères... Je connais parfaitement Silent Hill. Il fallait tenir compte, en quelque sorte, de la mémoire collective de cet endroit. Evidemment chaque joueur a joué à Silent Hill à sa façon, et chaque vision de chaque joueur est la bonne. Il n'y a pas une seule vision et interprétation de Silent Hill. On ne peut dénier à aucun joueur d'avoir un vécu dans Silent Hill. Donc quand on s'est penché sur le problème de l'adaptation avec Nicolas et Roger, on a surtout essayé de trouver quels étaient les moments que nous avions tous connus dans Silent Hill : tel rencontre avec tel monstre, tel moment où la caméra fait un mouvement particulier, tel moment où la musique fait irruption, telle angoisse, etc. On a essayé de construire le film précisément sur ces moments collectifs pour être sûr qu'à un moment dans le film, le joueur reconnaîtra le Silent Hill qu'il a visité. Pour nous c'était la façon la plus logique d'adapter un jeu qui existe dans 16 millions de façon différentes dans la tête de 16 millions de joueurs.





« Le Pacte des Loups » est-il connu aux US ? (oim)

Christophe Gans : Sans flagorneries, le film est monstrueusement connu aux Etats-Unis. Il était sortie en VO sous-titrée sur une petite combinaison de 200 salles et avait rapporté plus de 20 milliosn de dollars. Ca a été une énorme surprise. Le film est encore plus connu au Canada où il est l'objet d'une sorte de « cult », pour une raison simple à comprendre : le Mohawk incarné par Mark Dacascos vient du Canada. Certaines personnes pensent même que le film est canadien. Le sous-texte lié à l'indien et aux guerres en Nouvelle-France fait que le film percute là-bas à un point incroyable. Quand je suis arrivé au Canada pour tourner « Silent Hill », tout le monde avait vu « Le Pacte des loups », en salles ou en vidéo. Si bien, les tirages DVD du film sont totalement épuisés, et le film va bientôt ressortir. D'ailleurs, ils ont même sorti le collector 3 disques, ce qui est un honneur insensé ! J'espérais donc pouvoir travailler incognito, mais non, « Le Pacte des loups » m'avait devancé... (Rires)





Où en est la production de « Rahan »? Comment se déroule-t'elle ? Connaissez-vous des difficultés particulières ? (Adeline)




Christophe Gans : Oui, je connais suffisamment de difficultés particulières pour annoncer que "Rahan" ne se fera pas avec moi. Il est clair que l'adaptation sur laquelle j'ai travaillé pendant deux ans ne convient pas aux télés françaises. Ils ne veulent pas d'un film d'homme préhistorique tel que je l'imaginais. Le problème c'est que mes hommes préhistoriques, et je dis ça sans ironie, ne sont pas blancs, ils ne parlent pas français, et ils sont peu chaudement vêtus... Autant de choses qui apparemment dérangent les décisionnaires des acquisitions des chaînes de télé. Et comme c'est un film qui était produit dans un certain système, il ne peut pas se faire sans l'apport de la télévision et des chaînes commerciales et câblées. Donc il n'y aura pas de Rahan par Christophe Gans. C'est sûr. Je le déplore. J'ai travaillé deux ans de manière acharnée pour le tourner. Je pensais que ça intéresserait les gens de voir ce film... J'ai tout de suite bifurquer sur "Silent Hill" que j'ai pu mener à bien. Ca ne veut pas dire que le projet Rahan est mort, mais en tout cas il ne se fera pas dans le souci de réalisme et de primitivisme avec lequel je voulais le faire. Le problème en France c'est qu'on a quelque chose qui est très bien, qui est la loi des quotas, qui oblige les télévisions à acheter à certain nombre de films français. Mais il y a quelques années, les chaînes ont réalisé qu'elles finançaient le cinéma français. Et donc, elles préfèrent aujourd'hui imposer aux producteurs un certain calibrage des films. C'est pourquoi on assiste de plus en plus à des films avec des acteurs issus de la télé. La télé demande maintenant au cinéma de faire des programmes télé. Hors, mes films ne correspondent pas à cette définition. C'est pour ça que Rahan n'a pas pu se monter en France, et c'est pour ça que mes prochains projets ne sont pas orientés vers la France. Je tiens à dire que pour l'instant, "Silent Hill" n'est vendu à aucune chaîne de télé ni câble en France...









Que pensez-vous de l'évolution du cinéma à l'heure actuelle avec le téléchargement et la hausse des prix dans les salles françaises ? (François 63)

Christophe Gans : Ce que je pense de l'évolution... Par exemple, Silent hill le film sort pratiquement dans tous les pays du monde entre le 21 avril et le 5 mai, pour la simple raison que nous avons peur du piratage, et du téléchargement du film. Ca nous oblige à beaucoup de sacrifices, notamment en termes de promotion et en termes de rapport avec le public. J'ai fini le film il y a une semaine et je n'ai donc aucun temps nécessaire pour travailler le film correctement, travailler les suppléments du DVD, je n'ai le plus le temps de rien ! On aurait aimé faire un livre, on n'a plus le temps. D'autant plus que les Américains ont réduit le temps entre le moment où le film sort en salles et le moment où il sort en DVD. Ca va nous empêcher de produire un DVD digne de ce nom sur ce film. Il n'y aura pas de bonus, de supplément, puisque nous venons à peine de finir le film et nous n'aurons pas le temps matériel de faire un beau DVD collector. C'est le problème auquel on se heurte... Les films téléchargeables m'empêchent à un moment donné de faire mon travail. Donc voilà... je finis le film, il sort sur les écrans à peu près partout et peut être dans quelques mois ou quelques années nous aurons le temps de faire des suppléments pour ré-edition... C'est assez décevant. J'aurai aimé faire ce que j'ai pu faire pour « Crying freeman », qui a mis une période de dix mois avant de sortir, ce qui nous avait permis de faire pas mal de choses. Mais le problème c'est qu'on est coincé... Voilà la première manifestation, à mon niveau, du problème des films téléchargés sur le net : ca m'empêche de pouvoir donner aux fans ce que j'aurais aimé leur donner. Aujourd'hui mon film est dans un tube, il est envoyé directement à l'écran et c'est tout... Et ça sera pareil maintenant pour tous les films. Je suis un grand collectionneur de films, et je comprends très très bien que des gens ne puissent pas attendre... Par exemple, le film va sortir en Australie en août, je suis persuadé que des mecs vont le « downloader », ils ne vont pas attendre tout ce temps là ! Ils vont télécharger un truc qu'un mec aura filmé dans une salle... ça c'est sûr ! Et le distributeur australien est dingue à cause de ça ! Heureusement, « Silent Hill » est un film en cinémascope fait pour être projeté sur des très grands écrans, ça se voit... Et je pense que même si le type le télécharge, il aura quand même envie de le voir sur un très grand écran. Mais on s'achemine lentement mais sûrement vers un nivellement des sorties en fonction de la sortie américaine qui va être dramatique pour la manière dont les films seront vendus et pour tout ce qui peut être dériver du film. Le DVD en quatre mois ce n'est suffisant pour faire un beau DVD. Pour le DVD de « Silent Hill », j'imagine, il va y avoir une petite <i>featurette</i>, un ou deux commentaires et puis basta... Mais moi personnellement, je suis assis sur plus de 300 heures de making-of, qui ont été filmés, mais je sais qu'on n'aura jamais le temps matériel de les monter. Tout le monde va se presser à sortir ça et voilà... C'est la nouvelle donne, la conséquence directe de tout ça. Maintenant, moralement, je n'ai rien contre les gens qui téléchargent, je les comprends, je comprends qu'à un moment donné ça vous démange...


A l'époque du "Pacte des Loups", vous êtes devenu, volontairement ou pas, le fer de lance d'un prétendu renouveau du film de genre à la Française. Qui n'a finalement (pour le moment) jamais décollé. Que pensez-vous de ce coup d'épée dans l'eau ? (grunt)

Christophe Gans :

Je sais qu'on a voulu faire du Pacte LE film du renouveau du film de genre en France. Quand j'ai réalisé "Le Pacte des loups", je ne l'ai jamais réalisé autrement que comme un one shot. A la fin du film, lorsque les deux héros jettent les cendres de l'Indien à la mer, que le bateau vogue vers l'obscurité et que Perrin va à la guillotine, c'est une façon pour moi de parler de quelque chose de révolu. Pour moi, le cinéma de genre français tel que j'avais essayé de le faire revivre avec "Le Pacte des Loups" était quelque chose de passé. Une chose morte. "Le Pacte des loups" est un film mélancolique, nostalgique de tout ça. Ce n'est pas un film de renouveau. Je pense que les gens disaient ça parce qu'ils étaient contents de voir un gros blockbuster français. Moi, je vois le film comme un film mélancolique. Le fait qu'il n'y ait pas de happy-end est une manière de dire qu'il n'y aura pas d'autre "Pacte des loups", par de renouveau de ce genre. C'est ma façon de voir le film. Moi, j'arrive avec des projets, des films de genres, populaires, avec des angles nouveaux. J'essaie à chaque fois d'exploiter un langage nouveau : le manga avec "Crying Freeman", les jeux vidéo avec "Silent Hill". Je n'essaie pas de me penser comme le fer de lance, comme le type qui entraîne tout le monde à sa suite. Je fais des films dans mon coin, j'ai autant de problèmes à les monter que les autres, si ce n'est plus. Je n'ai pas pu faire "Rahan" ni "L'Aventurier en France". Je ne suis pas enfermé dans ma tour d'ivoire en train de décider quel est le sort du cinéma de genre en France. Il n'y a pas de cinéma de genre en France, et il n'y en aura pas de sitôt. Il y a des films isolés, mais pour que le cinéma de genre existe, pour qu'il marche, ce n'est pas gagné. Et pour qu'on puisse exporter ces films, c'est encore moins gagné. Aujourd'hui, je fais un film en langue anglaise car je n'ai pas d'autre alternative que d'aller là-bas défendre mon point de vue. Je suis un Romanichel : je suis là où les choses se passent, là où les films peuvent se tourner. Si je devais attendre de tourner en France, je ne tournerais sans doute plus jamais. Il faut arrêter de se gargariser avec le cinéma de genre français. La preuve ? Des tas de réalisateurs français partent faire des films aux Etats-Unis ou au Canada, car ils ne peuvent pas les faire en France. Le cinéma de genre en France est une chimère. Les films qui nous intéressent, on les fait là où on peut les faire. Imaginez : je n'ai pas pu faire "Rahan" ou "L'Aventurier" en France, même après "Le Pacte des loups". C'est vous dire si c'est pas gagné !
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le jeudi 20 avril 2006 18:58